Après-mines, un pas en avant ! #3

Troisième article consacré aux mines et à l’après-mines. Le premier est accessible ici, le deuxième ici.

Et Durfort dans tout ça ?

Le peu de publicité faite aux problèmes de l’après-mines à Durfort contraste avec la mobilisation des communes avoisinantes. Il ne s’agit pas ici d’en décortiquer les raisons (fatalisme, tourisme, immobilier, etc.). Les allusions aux problèmes de l’après-mine sont rares dans les documents municipaux depuis 2008, en particulier dans les documents préparatoires des PLU.

Protection des populations ?

Seul panneau signalant le risque, survivant de la signalisation initiale, mais en amont du site pollué !

Il suffit de se promener sur le chemin des mines pour constater que rien n’est clôturé, et que le seul panneau signalant le risque retrouvé sur le site est pudiquement situé derrière l’ancien four à calamine, à l’extrémité nord des dépôts, donc peu visible.

Le ruisseau de Vassorgues, qui va ensuite traverser les jardins du Nord de Durfort (avant de croiser la départementale à proximité du rond-point de sortie vers Tornac, puis rejoindre le Crieulon à proximité de la cave coopérative de Durfort) a certes un débit tributaire du réchauffement climatique, mais une promenade par temps de pluie montre un ruissellement depuis la zone de stockage des « fines de laverie » qui fait craindre une pollution persistante. Si elle n’est pas démontrée actuellement, c’est qu’elle n’est pas à notre connaissance recherchée …

Des précautions doivent avoir été prises, en particulier au niveau du forage de Cabanes, qui est en amont des fines de laverie. Il est cependant en regard des haldes de La Coste (pour les définitions, voir l’article 1), et des puits de mine obturés dont une partie est désormais inondée, ce qui est susceptible d’avoir un impact sur les nappes phréatiques sous-jacentes.

Ravinement dans des fines de laverie

Information ?

Même si une partie des informations disponibles sur la pollution se limitent à St Felix, Thoiras, St Sébastien d’Aigrefeuille et Tornac, nous disposons du rapport Géodéris de 2008 (ici). Des prélèvements ont été réalisé à La Coste sur 15 points de mesure (PT) et un point remarquable (PR), mais aucune analyse d’eau n’a été réalisée.

Un certain nombre d’analyses, dans et autour (ce qui explique les résultats disparates) des fines de laveries de La Coste ont été réalisées. Nous les avons comparées aux valeurs maximales des teneurs naturelles dans les sols retenues (en mg/kg de Matière Sèche MS) dans les rapports d’expertises dans la région.

Teneur naturelle en métaux des sols non pollués

À partir des valeurs maximales pour chaque métal du rapport Géodéris pour le site de la Coste, qui sont identifiées dans les cases à fond rosé du tableau précédent, nous avons calculé le coefficient multiplicateur, c’est à dire le rapport entre le plus fort taux observé à la valeur normale (valeur retenue en rouge sur le tableau précédent). Voici les résultats pour les différents métaux:

  • Plomb (Pb): 509 fois la teneur naturelle maximale
  • Zinc (Zn): 246 fois la teneur naturelle maximale
  • Cadmium (Cd): 222 fois la teneur naturelle maximale
  • Antimoine (Sb): 606 fois la teneur naturelle maximale
    D’autres métaux comme le thallium, le germanium et le strontium n’ont pas été testés.

Le rapport identifie les principaux milieux d’exposition potentiels: sols, sédiments, eaux superficielles et souterraines. Comme il s’agit d’un rapport préliminaire, il ne fait état que de prélèvements du sol au niveau et à proximité immédiate des fines de laverie. Pourtant il identifie comme voies de transfert: eaux superficielles, eaux souterraines, sédiments contaminés, sols contaminés (à proximité des résidus miniers, sous l’influence des vents dominants, bordure des ruisseaux en aval), cultures et potagers implantés sur ces sols ou arrosés par une eau contaminée.

Ruissellement à travers le muret qui borde le ruisseau de Vassorgues – La Coste

C’est un rapport préliminaire qui énumère:

  • les modes d’exposition directe: sols contaminés, résidus et sédiments contaminés; malgré le « caractère très nocif » des résidus de traitement, il considère « malgré tout » que « les eaux ne constituent pas une source majeure d’exposition directe ». Ce jugement n’aurait-il pas justifié d’être étayé par des prélèvements d’eau en condition normale, mais aussi lors des « « épisodes cévenols » ?
  • les modes d’exposition indirecte: consommation de produits contaminés d’origine animale (bétails mais aussi sangliers, car nous avons trouvé des douilles sur les fines de laverie, poissons des ruisseaux en aval), produits agricoles (le thym prolifère à la surface de la zone, quid des sols arrosés en aval par une eau contaminée ?)

Le rapport de 2008 reste le seul rapport que nous avons pu trouver concernant Durfort, en dehors d’un rapport de Geoderis portant sur les « aléas et glissements de terrain » en 2018. Pourtant des dosages chez des habitants de Durfort avaient été effectués par Santé Publique France en 2016, comme le montre l’étude d’imprégnation des populations (accessible ici en pdf). Des taux anormaux d’Arsenic, de Cadmium et de Plomb ont été relevés chez certains des sujets testés. S’ils ont été pris en charge individuellement par l’ARS, cela n’a pas conduit les autorités à intégrer la municipalité de Durfort dans les CSI qui se sont tenus depuis. 

Le « pas en avant » que représente le jugement du 18 avril ouvre la possibilité qu’après des années d’atermoiement, la Société Umicore fasse face à ses responsabilités. Pour cela, il faut que la DREAL rende public le rapports d’expertise IEM (Interprétation de l’Etat des Milieux) qu’elle a demandé à Géoderis en 2015 concernant la commune de Durfort. Il faut que notre municipalité (qui n’a pas jugé bon de répondre au journaliste du Monde récemment (voir ici l’article du 11/05/24)) comme il lui a été demandé par l’ADAMVM (courrier à lire ici): 
– Demande à la Préfecture et à la DREAL la publication du rapport Géoderis de 2016 « Étude sanitaire et environnementale de l’ancien site minier de Lacoste (30) »
– Insiste auprès de la Préfecture sur la participation de notre commune au prochain CSI (au même titre que les communes de Saint Felix de Pallières, Thoiras, Tornac et Anduze).
– Nous informe sur ses résultats et les recours qu’elle envisage.

L’avenir ?

Nos mines sont-elles définitivement fermées ? À l’heure actuelle, l’utilisation de métaux lourds dans de nouvelles technologies, comme les batteries de voiture et l’armement incite à rechercher sur le sol français des gisements en vue d’assurer notre autonomie par rapport à la Chine, l’Afrique et d’autres pays.

Parmi ces métaux lourds, le germanium est un élément rare, à l’origine du développement de l’électronique. Ses applications sont maintenant diversifiées à d’autres domaines de haute technologie : optique et photovoltaïque:
– il est principalement utilisé dans les fibres optiques, qui ont révolutionné le secteur des télécommunications;
– la téléphonie mobile, présente un fort potentiel d’utilisation de germanium;
– Il est utilisé en optique infrarouge (transparent à ces rayonnements), dans les secteurs militaire et civil (caméras, lentilles et fenêtres pour détecteurs);
– le dioxyde de germanium (GeO2) est un catalyseur de polymérisation des polyesters pour bouteilles plastiques;
– pour le soudage des prothèses dentaires en or, on utilise un alliage eutectique germanium-or;
– certains composés organiques de germanium ont des vertus anti-oxydantes et immunitaires, anti-cancérigènes et permettraient de lutter contre les hépatites et les virus respiratoires.
Le germanium est un élément relativement peu toxique. Mais il est associé à l’arsenic et au cadmium dans les concentrés de minerais, éléments au sujet desquels il faut prendre des précautions pendant le traitement et l’usinage.
Vous allez rire: en France, Durfort et tout notre secteur de façon plus générale, font partie des sites identifiés comme potentiellement riches en Germanium !

Il est donc important d’inciter les pouvoirs publics et les élus locaux à rester vigilants sur les conditions de sécurité des populations et de préservation de l’environnement. C’est ce qui justifie l’importance de continuer à s’impliquer dans les associations citoyennes, comme l’ADAMVM (ici), sans qui, l’histoire de nos mines le montre, rien n’aurait bougé. Il faut saluer le travail effectué par les membres de cette association. C’est un travail laborieux, à très long terme, et qui peut parfois conduire à s’attirer l’inimitié des uns ou des autres… Bravo à eux!!!

A suivre …

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