Partager la publication "Petite chronique décalée du conseil municipal – 30/10/20"
J’ai très souvent envie de tenir le même discours qu’Astérix en Corse …
N’habitant Durfort « que » depuis 5 ans – Dieu sait qu’on me le rappelle plus souvent qu’à mon tour –, j’en viens souvent à me demander comment un village comme le notre (et tant d’autres en France) peut à ce point être déchiré comme certaines situations l’ont récemment montré.
Je pense souvent à ce passage d’Astérix où plus personne ne semble se rappeler ni pourquoi ni comment les choses ont dégénéré, mais celles-ci ayant dégénéré un jour, elles se doivent de rester ainsi pour toujours.
En ces temps confinés de confinémoration du 11 novembre, il me semble qu’il y a une urgence absolue à déposer les armes et à s’attaquer aux vrais problèmes de notre temps!

Lecteur en quête de sensationnel, passe ton chemin !
Ce dernier conseil municipal fut d’un calme olympien: la hache de guerre semble avoir été enterrée. Mise en scène ou réalité? L’avenir nous le dira.
Je l’ai déjà écrit lors du dernier billet (lire ici): les élus semblent prendre leur mission au sérieux, et même si des différences peuvent exister sur le fond ou la forme dans la façon d’appréhender les choses, tout le monde s’est mis au boulot.
Autre point positif qui doit être souligné : le marché du 1 novembre aura été maintenu, ce qui n’était pas garanti au vu de la situation sanitaire. L’équipe municipale aurait pu ne pas s’embarrasser de démarches auprès de la Préfecture et faire fermer le marché. Ce n’est pas le choix qui a été fait: que tout le monde en soit ici remercié. Cependant, l’avenir du marché n’est toujours pas tranché au niveau de la mairie. La réunion prévue le 18 novembre entre mairie et organisateurs actuels a purement et simplement été annulée. Le prétexte? Un article du Midi Libre à lire ici aurait exaspéré M. le Maire… Comprenne qui pourra !
Quelques interrogations sur le fond et la forme persistent…
- Connaissez-vous le RIFSEEP, l’IFSE, ou encore le CIA ?…
Non? C’est plutôt normal si vous n’êtes pas dans la fonction publique… Je laisse celles et ceux que ça intéresse découvrir tout cela en détail sur le site du gouvernement ( ici , ici et ici ).
Pour faire simple, il s’agissait pour nous de déterminer, à partir du cadre règlementaire défini par l’Etat, le plafond maximum – annuel et mensuel –, que le maire, lors du versement des différentes primes et indemnités, ne pourra dépasser.
Quelles conséquences ?
Le maire peut, sans avoir de compte à rendre, attribuer aux membres du personnel des primes d’un montant mensuel moyen d’environ mille euros pour chacun (plafond légal). Mais selon quels critères ces primes seront-elles attribuées ? Un état des lieux sera-t-il fait annuellement pour informer l’ensemble des conseillers municipaux? Comme à l’accoutumée, nous ne disposions d’aucune information en amont : salaires fixes des employés communaux, primes précédemment versées, critères d’attribution… Il nous est donc difficile dans ce contexte, d’estimer ce que pourrait être un montant juste au regard du travail fourni et d’éventuels autres critères.
Il s’agit de ne pas plonger des personnes dans la précarité, de rester dans une fourchette raisonnable qui puisse récompenser l’investissement de chacun, sans pour autant induire une course à devenir l’employé modèle. On a, en effet, vu les effets délétères de cette course à l’individualisation des carrières dans le privé tout d’abord, puis aujourd’hui dans la fonction publique. Une des premières conséquences – c’était l’effet recherché dès le départ -, a été de casser le collectif de travail et par là-même la conscience de l’appartenance à un groupe aux intérêts communs. In fine, la défense des dits-intérêts communs n’a plus été assurée, avec les conséquences que l’on sait aujourd’hui et la dégradation des conditions de travail dans bien des secteurs d’activité. Pour celles et ceux qui veulent creuser la question, un très bon entretien de Daniele Linhart à écouter ici, notamment à 8’34. Attention, abonnement nécessaire!
- Quelles associations subventionner ? Combien donner à chacune ?
C’est la question que nous nous sommes posée. Ou plutôt, une proposition élaborée par l’équipe de M. le Maire nous a été soumise et nous avons voté: les associations extérieures au village (Restos du Coeur, Radio Escapades, Ligue contre le Cancer), qui percevaient jusqu’à aujourd’hui des sommes modestes, ne les toucheront plus, à l’exception des chantiers d’insertion, de l’association sportive du Collège Florian à Anduze et de la Prévention Routière.
Toutes les associations du village seront, elles, subventionnées à hauteur de 300 euros. Sauf l’association de la bibliothèque – Lo Libre Canto -, car, selon M. le Maire, la question se pose de savoir s’il s’agit réellement d’une association: le mieux serait de poser directement la question aux personnes concernées ! Le local et l’abonnement téléphonique étant pris en charge par la commune, la majorité municipale estime que c’est suffisant. Pourtant, une subvention permettant un peu d’autonomie dans l’achat de quelques bouquins ou de petit matériel pourrait être bienvenue… Espérons qu’un dialogue avec l’association portera ses fruits et que la majorité municipale reverra sa copie. Nous avons peu – pas ? – d’espace culturel dans notre village, autant soutenir le seul qui existe…
De façon plus générale, lorsqu’on réfléchit aux aides financières dont peuvent bénéficier les associations, on peut se poser diverses questions qui peuvent aider à élaborer des règles lisibles, transparentes et dont ont s’assure qu’elles sont les mêmes pour tous : nombre d’interventions au sein du village et/ou à l’extérieur, manifestations publiques, public concerné (enfants – adultes, en valorisant peut-être les associations qui s’adressent principalement à des enfants ?…), activité relevant, ou pas, de l’intérêt général, etc. Le montant des associations voté lors de ce CM est d’une clarté absolue : le même montant pour tout le monde. Pour autant, il ne questionne aucun des éléments cités ci-dessus…
Nous avons voté à l’unanimité, mais je reste depuis légèrement tiraillé : ai-je bien fait ? Il a tout de même été précisé que ces subventions, votées au titre de l’année 2020, pourraient être revues en cas d’organisation d’évènements ponctuels. C’est noté. Par ailleurs, 2021 n’est pas loin…
- Inondations monstres dans le Gard en Septembre, scénario identique dans les Alpes Maritimes en Octobre. Le bilan est lourd. Il faut maintenant reconstruire…

L’équipe municipale souhaite aider les communes sinistrées. Combien ? A qui ?
Après un vrai débat (et il faut le souligner), il a été décidé de donner 1000 euros aux communes du Val d’Aigoual et 500 euros pour les Alpes-Maritimes. Le Département du Gard est un département pauvre, aux ressources plus limitées que les Alpes Maritimes, c’est l’argument majeur qui a guidé notre choix.
Une remarque – récurrente – pour finir.
Nous avons voté sans discuter toutes les propositions, élaborées sans nous. M. le Maire s’en est réjoui. Il a précisé avoir apprécié l’ambiance de cette séance.
Mais quid des quelques interrogations que je soulève dans ce billet ? A quel moment peut-on poser ces questions et en débattre, sans que cela passe pour une déclaration de guerre ?
Nous continuons à découvrir les dossiers 3 jours avant les séances: la plupart du temps, nous ne disposons pas de tous les éléments pour nous forger une opinion éclairée. Heureusement, Nicole Pratlong possède l’expertise de son/ses mandat/s précédent/s pour m’aider à y voir un peu plus clair …
Pour que l’ambiance soit qualifiée de sereine, faut-il donc voter comme la majorité le demande, sans interrogation ni demande spécifique, sans être associé à aucun débat en amont des votes? Je souhaiterais parfois demander un report du vote pour avoir le temps de travailler sérieusement les sujets… Mais n’ose imaginer le spectacle qu’une telle requête provoquerait en conseil.
Tout cela pose quand même quelques questions sur la conception que chacun se fait du mot « démocratie ». Pour ma part, je ferai mienne cette citation de Paul Ricoeur (qui n’est pas pour autant mon mentor) :
« Est démocratique, une société qui se reconnaît divisée, c’est-à-dire traversée par des contradictions d’intérêt et qui se fixe comme modalité d’associer à parts égales chaque citoyen dans l’expression de ces contradictions, l’analyse de ces contradictions et la mise en délibération de ces contradictions, en vue d’arriver à un arbitrage. »
À suivre !
Note:
Légende photo mise en avant: à Saint-Martin-de-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes, octobre 2020, après les pluies torrentielles due à la tempête Alex. Photographie de Valéry Hache/AFP
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